N° 3204 ______ ASSEMBLÉE NATIONALE CONSTITUTION DU 4 OCTOBRE 1958 ONZIÈME LÉGISLATURE Enregistré à la Présidence de l'Assemblée nationale le 27 juin 2001. RAPPORT D'INFORMATION DÉPOSÉ en application de l'article 145 du Règlement PAR LA COMMISSION DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES (1) sur la politique éducative extérieure de la France ET PRÉSENTÉ PAR MME ODETTE TRUPIN, Députée -- (1) La composition de cette commission figure au verso de la présente page. Affaires étrangères La Commission des affaires étrangères est composée de : M. François Loncle, président ; M. Gérard Charasse, M. Georges Hage, M. Jean-Bernard Raimond, vice-présidents ; M. Roland Blum, M. Pierre Brana, Mme Monique Collange, secrétaires ; Mme Michèle Alliot-Marie, Mme Nicole Ameline, M. René André, Mme Marie-Hélène Aubert, Mme Martine Aurillac, M. Édouard Balladur, M. Raymond Barre, M. Henri Bertholet, M. Jean-Louis Bianco, M. André Billardon, M. André Borel, M. Bernard Bosson, M. Bernard Brochand, M. Jean-Christophe Cambadélis, M. Hervé de Charette, M. Yves Dauge, M. Jean-Claude Decagny, M. Patrick Delnatte, M. Jean-Marie Demange, M. Xavier Deniau, M. Paul Dhaille, M. Jean-Paul Dupré, M. Charles Ehrmann, M. Jean-Michel Ferrand, M. Raymond Forni, M. Michel Fromet, M. Georges Frêche, M. Jean-Yves Gateaud, M. Jean Gaubert, M. Valéry Giscard d'Estaing, M. Jacques Godfrain, M. Pierre Goldberg, M. François Guillaume, M. Jean-Jacques Guillet, M. Robert Hue, Mme Bernadette Isaac-Sibille, M. Didier Julia, M. Alain Juppé, M. André Labarrère, M. Gilbert Le Bris, M. Alain Le Vern, M. Jean-Claude Lefort, M. Guy Lengagne, M. Pierre Lequiller, M. François Léotard, M. Bernard Madrelle, M. René Mangin, M. Jean-Paul Mariot, M. Gilbert Maurer, M. Jean-Claude Mignon, M. Jacques Myard, Mme Françoise de Panafieu, M. Étienne Pinte, M. Marc Reymann, M. François Rochebloine, M. Gilbert Roseau, Mme Yvette Roudy, M. René Rouquet, M. Georges Sarre, M. Henri Sicre, M. Dominique Strauss-Kahn, Mme Christiane Taubira-Delannon, M. Michel Terrot, Mme Odette Trupin, M. Joseph Tyrode, M. Michel Vauzelle. SOMMAIRE ___ INTRODUCTION 7 I - ÉDUCATION ET FRANCOPHONIE 11 A - LA FRANCOPHONIE : UN DÉFI D'ACTUALITÉ 11 1) Les enjeux liés à la survie de la langue française 11 2) La défense de la langue française : archaïsme ou nécessité ? 13 3) Des actions à mener à l'intérieur et à l'étranger 14 B - L'ÉDUCATION : REFLET ET VECTEUR DE L'INFLUENCE CULTURELLE 16 1) Rayonnement d'un pays et attrait de son système éducatif 16 2) Les dangers liés à une approche purement économique de l'éducation 18 3) L'éducation, vecteur d'influence 20 C - L'ÉDUCATION : UN DOMAINE DANS LEQUEL LA FRANCOPHONIE EST 1) Des réalisations réelles 21 2) Une faible visibilité 23 II - LE DÉVELOPPEMENT D'UNE OFFRE PLUS ATTRACTIVE A - FORCES ET FAIBLESSES DES SYSTÈMES ÉTRANGERS 1) Des stratégies diverses 25 2) Quelques exemples 25 B - VERS UNE MEILLEURE LISIBILITÉ DES EFFORTS 1) Des difficultés persistantes malgré des atouts incontestables 30 2) Une politique volontariste de l'Etat 33 3) Inciter les établissements à conduire le plus vite possible 4) Tirer des enseignements d'expériences concluantes 39 C -FAVORISER LE DÉVELOPPEMENT DE L'INGÉNIERIE 1) Le réseau scolaire français : un excellent outil à optimiser 41 2) Une coopération scolaire et universitaire à redéfinir 44 3) Le défi de l'enseignement à distance 46 III - LA NÉCESSAIRE OUVERTURE A L'INTERNATIONAL DU SYSTÈME A - RENFORCER DE FAÇON SIGNIFICATIVE L'INTERNATIONALISATION 1) Dans l'enseignement primaire et secondaire 51 2) Dans l'enseignement supérieur 54 B - FAVORISER LA MOBILITÉ DES ÉTUDIANTS FRANÇAIS DANS UN 1) Accroître la mobilité des étudiants français 56 2) Socrates-Erasmus et Leonardo : un succès à amplifier 57 CONCLUSION 61 EXAMEN EN COMMISSION 65 ANNEXE 1 LISTE DES PERSONNALITÉS RENCONTRÉES 68 ANNEXE 2 LES ACTEURS INSTITUTIONNELS, NATIONAUX ET ANNEXE 3 L'APPRENTISSAGE ET LA PRATIQUE DES LANGUES ANNEXE 4 LA DGCID 78 ANNEXE 5 LE RÉSEAU DE L'AEFE 82 ANNEXE 6 LES ÉTUDIANTS ÉTRANGERS DANS LES UNIVERSITÉS Principaux sigles utilisés AEFE : Agence pour l'enseignement français à l'étranger AIF : Agence intergouvernementale de la francophonie AGCS : Accord général sur le commerce et les services AUF : Agence universitaire de la francophonie CCIP : Chambre de commerce et d'industrie de Paris CNED : Centre national d'enseignement à distance CNOUS : Centre national des _uvres universitaires et scolaires DAAD : Office allemand d'échanges universitaires DARIC : Délégation académique aux relations internationales et à la coopération DGCID : Direction générale de la coopération internationale et du développement, Ministère des Affaires étrangères FIPF : Fédération internationale des professeurs de français HCF : Haut conseil de la francophonie IEP : Institut d'études politiques INTIF : Institut des nouvelles technologies de l'information et de la formation IUFM : Institut universitaire de formation des maîtres OCDE : Organisation de coopération et de développement économique OIF : Organisation internationale de la francophonie OMC : Organisation mondiale du commerce RFI : Radio France International « Si tous les États devaient parler la même langue, penser de la même manière, agir de la même façon, le risque serait grand de voir s'instaurer un système totalitaire à l'échelle internationale, tant il est vrai qu'à travers les termes employés, c'est une culture, un mode de pensée et, finalement, une vision du monde qui s'expriment. » Boutros Boutros Ghali, Secrétaire général de l'Organisation Internationale de la Francophonie, ancien secrétaire général des Nations unies Mesdames, Messieurs, Lors de l'ouverture du premier sommet francophone à Versailles le 17 février 1986, François Mitterrand a déclaré : « il s'agit de rester fidèle à soi-même, et pour rester fidèle à soi-même il faut s'inventer tous les jours ». C'est l'image que j'aime avoir de la Francophonie. Elle s'est renforcée au cours des années avec l'affirmation progressive d'une conscience francophone et la mise à jour d'une réelle créativité. Croire en la validité de ce concept, ce n'est pas rejeter le reste du monde, car il n'y a pas de centre en Francophonie, mais une multipolarité, et il me plaît d'imaginer une « francosphère », qui comme un miroir rayonne et irradie. Comme le dit Charles Josselin, Ministre délégué à la coopération, la Francophonie est "l'affirmation des identités et des différences dans le respect des valeurs universelles". Pourtant Stélio Farandgis, secrétaire général du Haut Conseil de la Francophonie (HCF), souligne que, « si nous écoutons les élites économiques et politiques françaises, une expression revient souvent : "la Francophonie est un boulet". Or nous constatons que la puissance épouse les affinités linguistiques, même anciennes ». La culture et l'économie ne sont pas opposables et aujourd'hui la Francophonie peut - et doit - constituer un relais efficace pour le rayonnement économique de la France. Lorsque j'ai entrepris la rédaction de ce rapport, ma première préoccupation a été de rechercher comment envisager une évolution de la Francophonie et de l'espace francophone au regard des interventions réalisées dans les cadres bilatéral et multilatéral. Celles-ci sont nombreuses et de qualité mais souvent occultées par un défaut de visibilité. Elles sont pourtant des éléments clés de la promotion de la diversité culturelle. En effet, il apparaît aujourd'hui de plus en plus nécessaire que les sociétés civiles s'orientent vers un multilinguisme. L'anglais s'est imposé partout, et l'ensemble du monde anglo-saxon donne parfois l'impression de le considérer comme une « langue de droit divin », pour reprendre l'expression du sénateur Legendre. La diversité culturelle sous-tendue par les langues est un bien précieux de l'humanité, qu'il faut préserver à tout prix. Il convient donc de se battre afin que l'anglais ne constitue pas le seul code de communication à l'échelle planétaire, « sous peine de standardisation, d'uniformisation, voire de réductionnisme de la pensée » ainsi que le rappelle M. Boutros Boutros Ghali. Et le maintien de cette diversité est indissociable de la dimension formation. La société française est donc actuellement confrontée à un défi fondamental, qui peut être synthétisé par la formule : « quel capital humain pour quelle croissance économique ? ». Alors que le processus de mondialisation remet désormais en cause des secteurs jusqu'ici amplement publics, il faut procéder à un réajustement du rôle et des fonctions de l'Etat dans ces domaines. L'économie mondiale s'est engagée dans une nouvelle ère dont il s'agit d'identifier le centre névralgique et de préciser les contours. C'est particulièrement urgent en ce qui concerne le facteur humain qui doit être reconsidéré sur la base des besoins des entreprises. L'un des chantiers les plus importants réside dans la mise en place d'un système de formation adapté dont il s'agira d'imaginer les modalités de mise en _uvre les plus appropriées. L'avenir du monde appartient à la formation, à condition de donner à cette notion une dimension nouvelle en terme d'éducation du citoyen au savoir, au savoir-faire et, concept nouveau et mal défini encore, au savoir-être. L'éducation et la qualification sont devenues des éléments essentiels de l'employabilité des individus, mais aussi de la compétitivité des entreprises et des nations. Cette nécessité d'investir toujours plus dans l'éducation, aussi bien initiale que « tout au long de la vie », selon l'expression de Jacques Delors, qui lui-même se faisait l'écho d'une idée chère à Condorcet, conduit à la hausse continue des dépenses globales liées à l'éducation de la part des instances politiques publiques, mais aussi, de plus en plus fortement, des entreprises et des personnes. L'importance croissante de la formation et de l'investissement dans ce domaine se traduit au niveau mondial par une place dangereusement grandissante du secteur privé, en concurrence du service public. Le marché de l'éducation dans son ensemble est évalué aujourd'hui par l'Unesco à 2 000 milliards de dollars. Du côté de la demande, le caractère toujours plus stratégique de l'éducation fait que les entreprises et les personnes sont prêts à payer pour « acheter » de la formation. Du côté de l'offre, le secteur privé voit s'ouvrir un marché colossal : le nombre d'étudiants est passé, de 6,5 millions en 1950 à 51 millions en 1980 et sans doute à plus de 90 millions aujourd'hui. De nombreux Etats se sont déjà largement engagés dans l'exploitation de cette demande croissante de formation. L'explosion des technologies de l'information et de la communication contribue fortement à cette évolution des stratégies : la diffusion de « biens éducatifs » est en progression vertigineuse, et la mondialisation des marchés donne un coup de fouet à leur commercialisation. Il est devenu essentiel à l'aube de ce XXIe siècle de s'interroger sur les voies praticables de l'accès à l'éducation pour les générations présentes et à venir. C'est une des raisons pour lesquelles, lors du sommet européen de Lisbonne des 23 et 24 mars 2000, les chefs d'Etats et de gouvernements ont émis le souhait de faire de la société du savoir et de la formation tout au long de la vie un des piliers de l'Europe de XXIe siècle. A l'évidence, deux dangers, dont les effets se conjuguent, guettent l'espace francophone : l'extinction progressive de la langue française, comme de nombreuses autres langues, ainsi que le souligne le linguiste Claude Hagège dans son dernier ouvrage, Halte à la mort des langues, du fait de la domination incontournable de l'anglais, et la montée en puissance de la commercialisation de la formation au niveau international. Il est par conséquent indispensable d'envisager les conséquences de cette évolution, d'une part sur la liberté et l'épanouissement de l'individu par le puissant levier de l'éducation, mais aussi, et ces concepts sont liés, sur la science, l'économie et la culture. Car, comme l'affirme le Ministre de la Coopération et de la Francophonie, la culture à elle seule ne peut pas inverser les rapports de force ; pour faire face aux moyens considérables mobilisés par les autres nations, la puissance économique et scientifique est déterminante. L'étude et la réflexion qui font l'objet de ce présent rapport tendent à envisager la place et le rôle de la France face à ce nouveau défi, notamment pour tenter d'en apprécier les enjeux pour l'espace francophone. La France doit avoir sa place dans ce marché tout en préservant son héritage humaniste et la force de son exception culturelle. Il est encore temps pour elle d'affirmer sa différence dans la politique d'échange et de partage des savoirs. C'est pourquoi, outre les observations et les remarques que m'ont inspirées lectures et auditions, j'ai tenu à formuler des propositions concrètes pour promouvoir la Francophonie à travers l'enjeu formidable que représente l'éducation en ce début de XXIème siècle. A - La Francophonie : un défi d'actualité 1) Les enjeux liés à la survie de la langue française La Francophonie est devenue ces dernières années un thème d'actualité. Le constat est sans appel : la place de la langue française dans le monde est en recul. Les causes en sont connues, il s'agit d'abord du dernier conflit mondial et de ses conséquences, notamment la prédominance acquise par les Etats-Unis, et, donc par l'anglais, dans le domaine des sciences et surtout de la technologie. Ensuite, de l'apparition sur la scène internationale de nouvelles nations, soucieuses les unes et les autres de cultiver leur propre langue. Le cas des pays du Maghreb est typique à cet égard. Enfin, cela tient à un phénomène social, à savoir la disparition progressive des anciennes élites, attachées à un type de culture universelle dont le français était l'expression, ainsi qu'à certaines traditions d'enseignement ou de pensée qu'il véhiculait. On comprend que les élites de ces pays s'en émeuvent, et que les milieux gouvernementaux eux-mêmes aient fini par s'en préoccuper, avec, il est vrai, un retard important. Il est le reflet de la croyance en la persistance d'une situation privilégiée du français, héritage de plusieurs siècles, et dont on a peine à imaginer la disparition. Plus encore, il reflète une méconnaissance générale des enjeux du problème linguistique. a) un enjeu culturel Le premier enjeu est culturel. La culture est en effet intimement liée à la langue. Cette dernière n'est pas seulement le véhicule de la pensée ; elle plonge ses racines dans l'histoire des peuples, voire dans leur inconscient. Elle exprime des traditions collectives, des modes de vie, des façons de concevoir le monde et les rapports sociaux. Elle traduit enfin, à travers le droit et les règles institutionnelles ou personnelles qui en découlent, les modalités selon lesquelles ces rapports se sont organisés dans le cadre d'une structure sociale. Certes, la culture ne se réduit pas à la langue, mais celle-ci n'en reste pas moins le fil directeur permanent, et, en quelque sorte, l'axe de référence. b) un enjeu scientifique Contrairement à beaucoup d'idées reçues, le maintien de la langue française constitue également un enjeu scientifique : la pensée scientifique, sous toutes ses formes, est fille de l'esprit créateur de l'homme, au même titre que la culture. Traiter de questions scientifiques dans une langue étrangère conduit dans une certaine mesure à adopter les attitudes de pensée et les démarches intellectuelles de la civilisation dont elle est l'expression. La science n'échappe pas à ce transfert d'influence qui de plus s'accompagne souvent de nos jours d'un transfert de technologie, sinon immédiat du moins indirect. On ne saurait douter, à cet égard, des bénéfices, notamment financiers, qu'ont tirés et que tirent les centres de recherche américains, et tous les organismes ou entreprises qui leurs sont liés, de l'emploi devenu prépondérant de leur langue : de nos jours, les termes scientifiques sont souvent créés en anglais. Ils désignent des éléments ou des concepts qui trouvent difficilement des traductions en français. C'est pourquoi cet enjeu est déterminant. Il l'est d'autant plus qu'il ne concerne pas seulement les « sciences de la vie et de la nature », mais aussi les sciences juridiques , économiques et politiques, sans oublier les sciences humaines, où notre pays a longtemps occupé une place éminente. c) un enjeu économique Le troisième enjeu concerne le rôle de la langue dans la vie économique notamment le commerce, la gestion et les professions de service. Lorsque la préoccupation première est de produire ou de vendre, et de le faire vite, on est naturellement tenté de se contenter du mode de communication qui apparaît le plus commode, et en l'espèce, de l'anglo-américain. D'autant que ce dernier se trouve bénéficier, précisément dans ce domaine, d'une primauté, voire d'une sorte d'exclusivité d'ores et déjà acquise. L'exigence culturelle peut difficilement ici faire contrepoids, alors que le seul but est la compréhension immédiate et la réussite concrète. Cette « complaisance » n'est cependant pas sans péril. Car s'il est vrai que le commerce dépend de bien d'autres facteurs que la langue, c'est un fait non moins évident que la marchandise suit souvent la langue. Ainsi, la domination de l'anglo-américain constitue-t-elle dans l'immédiat un atout puissant, quoique indirect, de valorisation des productions en provenance de l'hémisphère occidental, et donc un facteur non négligeable de concurrence sur le marché international, indépendamment de la qualité des produits. Ce phénomène est présent dans l'espace francophone lui-même, et c'est pour cette raison, parmi d'autres, que « les pays ayant le français en partage » tiennent à son maintien, voire à son élargissement géographique. Le déclin du français dans les pays étrangers prive les entreprises françaises, en dépit de leurs efforts et de leur compétitivité, d'un attrait et de débouchés qui leur seraient spontanément acquis. Ce handicap est encore aggravé par l'usage que les hommes d'affaires - voire les diplomates - ont tendance à faire, toujours dans un souci d'efficacité à court terme, de la langue anglaise, usage compréhensible, mais qui ne peut, à moyen terme, qu'accréditer l'image d'une supériorité technique, et jouer contre leurs propres intérêts. d) un enjeu politique L'enjeu politique lié au maintien de l'usage du français est capital. La langue est partie intégrante du patrimoine national d'un pays, au même titre que son territoire, ses paysages ou son histoire ; la défendre, c'est défendre l'indépendance nationale. Vérité plus éclatante encore pour la France : certaines nations se sont affirmées avant tout par la puissance des armes ; d'autres par le commerce ou l'expansion économique, d'autres encore par la religion ; mais peu de pays ont autant que la France puisé l'essentiel de leur prestige dans la vie intellectuelle. Aujourd'hui encore, tous les observateurs s'accordent à reconnaître l'importance de l'usage du français. La francophonie dépasse de loin les frontières de l'Hexagone. Elle est présente dans de nombreux pays d'Afrique et du Maghreb - ces deux régions regroupant 46,3 % de la population francophone sont aujourd'hui l'avenir de la francophonie -, aux Antilles, à la Réunion à l'île Maurice, au Canada, aux Comores, à Haïti, dans une partie du Proche-Orient. Elle touche également les nombreuses collectivités qui gardent jalousement l'usage du français : la Wallonie, plusieurs cantons suisses, la Louisiane, le val d'Aoste et, naturellement, le Québec. Qu'attendent ces membres de la « famille francophone » ? Un enrichissement, qui n'exclut pas la culture de leur langue nationale, un accès à l'universalité, y compris sur le plan scientifique, une symbiose culturelle, sur une base de réciprocité qui témoigne du rayonnement persistant de la pensée française et la signification qu'on lui attribue sur le plan des valeurs humaines, notamment en matière de droits de l'homme. Ce sont de telles préoccupations qui ont inspiré le président Léopold Sédar Senghor lorsqu'il a proposé de constituer une communauté francophone organique, c'est-à-dire soutenue par des institutions. Malheureusement, ce grand projet tarde à se concrétiser. 2) La défense de la langue française : archaïsme ou nécessité ? L'idée de défense de la langue française soulève nombre d'objections. La première a trait à l'opportunité même d'un tel combat. Pour certains, elle s'inspirerait d'un nationalisme dépassé, voire d'un chauvinisme de mauvais aloi. Le goût de la facilité et une certaine résignation se conjuguent ici avec le thème de la mondialisation et de la modernité ; l'espéranto correspondait jadis à cette tentation, l'anglais a désormais pris sa place, avec la complaisance d'une partie des élites françaises. Certes, le phénomène « national » n'est pas immuable, ni éternel. Il évolue avec le temps. Faudrait-il, cependant, le rejeter déjà de notre univers ? Comment nier qu'en dépit du nivellement provoqué par les techniques il ne cesse de resurgir, parallèlement au resserrement des dépendances, comme si les peuples, à mesure qu'ils subissent un processus d'uniformisation, n'avaient rien de plus à c_ur que de rechercher et de retrouver leurs racines ? La conscience d'un patrimoine universel n'exclut nullement celle d'un patrimoine particulier. Elle le suppose, au contraire. L'autre objection concerne plus particulièrement le vocabulaire. La langue française, parce qu'elle est vivante, s'est progressivement enrichie au cours de son histoire de nombreux emprunts étrangers : le latin, le grec, l'allemand, l'arabe, l'espagnol, l'italien ou encore les langues régionales. Il est logique que l'anglais constitue une source d'enrichissement de la langue française. Ce dernier avait d'ailleurs largement puisé après la conquête normande dans le vocabulaire français. L'osmose est inévitable, même bénéfique. Une langue, tout comme une pensée, une science ou une économie, ne peut subsister vraiment, et encore moins rayonner, en vase clos. Pourtant, il faut distinguer ce qui est influence, fruit d'une assimilation réalisée sur une période de temps relativement longue, et ce qui risque d'être une invasion, voire une colonisation. Assimiler tel ou tel terme étranger est, en effet, normal, voire souhaitable, mais cela n'a rien à voir avec le processus de substitution qui s'opère actuellement au profit de l'anglais, sans motif autre que le « réalisme économique », la facilité ou le snobisme publicitaire. Il ne faudrait par ailleurs pas négliger les apports que peut susciter le rapprochement des diverses familles francophones. Il est dans le français du Québec, celui de la Wallonie, celui de divers peuples africains, de multiples vocables oubliés, ou récemment créés, qui pourraient être réintroduits avec profit. 3) Des actions à mener à l'intérieur et à l'étranger La cause du français n'incite pas encore, malgré les aspects préoccupants de la situation présente, à des pronostics pessimistes. Il faut pourtant agir, à la fois en France et à destination de l'étranger a) des actions intérieures Cet aspect n'a pas vocation à être développé dans le cadre de ce rapport. Quelques pistes peuvent cependant être tracées. Il importerait notamment de sensibiliser l'opinion publique au sort de la langue française, d'améliorer les moyens de diffusion de la pensée des auteurs francophones - en particulier l'allègement des obstacles à l'édition des textes - de veiller davantage encore à l'enseignement du français à l'école primaire et au collège... Naturellement, il serait excessif d'imputer à l'État - ou plutôt, à tous les États qu'intéresse la francophonie - l'ensemble des tâches qu'elle suppose et des besoins auxquels elle doit répondre. Le succès de la cause du français dépend aussi : - du militantisme des entreprises privées. Elles doivent prendre conscience qu'en servant la langue elles n'accomplissent pas seulement un devoir national mais servent aussi leur intérêt commercial ; - de grandes institutions comme l'Alliance française et la Mission laïque qui, à l'étranger, jouent depuis longtemps déjà un rôle important dans l'enseignement de la langue et dans la promotion de la culture française ; - enfin, et surtout peut-être, des médias (radio, télévision, presse écrite) car ils jouent auprès du public un rôle important dans la transmission de la langue et de la culture. La responsabilité de ces différents intervenants est essentielle, notamment quant au rôle qu'ils pourraient jouer pour empêcher, à travers la dégradation du langage, celle de toute une culture, et la transformation de la France en « colonie culturelle ». b) des actions extérieures L'union des nations qui ont en commun l'usage total ou partiel de langue française est une priorité. Un enjeu à la fois culturel et politique s'y attache. Les avancées significatives obtenues lors des derniers sommets des chefs d'Etat et de gouvernement de la francophonie, sont à cet égard encourageantes. Un certain nombre d'actions y ont été envisagées dans des domaines aussi importants que l'informatique, la communication, la création de banques de données, les industries de la langue, la collaboration en matière de création télévisuelle, d'éducation, de formation, etc. Il faut souhaiter que cette volonté persiste et que la mise à disposition de moyens financiers suffisants permette leur concrétisation. L'intensification des échanges économiques français avec le reste du monde, accompagnée d'une meilleure connaissance du potentiel des entreprises françaises est une condition essentielle de la sauvegarde et de la défense de la langue à l'étranger. Les remarquables progrès accomplis dans les domaines industriels de pointe, dans la qualité des exportations, constituent, d'ores et déjà, autant d'atouts pour la propagation de la langue, si les entreprises elles-mêmes acceptent de servir ce dessein. Education et maintien de la langue française sont liés. Ils conditionnent l'avenir des générations futures. La France dispose à l'étranger de plusieurs réseaux de qualité - l'Agence pour l'Enseignement Français à l'Etranger (AEFE), les Alliances françaises, la Mission laïque notamment. Cependant, face à l'énorme développement du secteur éducatif « marchand » - le « marché de l'éducation » -, il apparaît indispensable de procéder à une évaluation de ces dispositifs. Il s'agit aussi bien des établissements français implantés à l'étranger, que de ceux qui accueillent des étudiants étrangers en France et de ceux que fréquentent les élèves français pour acquérir une formation pluri-culturelle et internationale. Alors que de l'aveu même des dirigeants de la Francophonie institutionnelle, la pratique du français se maintient encore dans les pays d'Afrique, l'Union européenne est une zone où le français est en grave difficulté1. Elle exige un effort global, en prenant d'abord pour point d'appui les organismes communautaires C'est ainsi que dès à présent, la diversification de notre enseignement linguistique s'impose comme une priorité. Chacun sait que l'anglais tient la première place. Mais ces raisons essentiellement pratiques et utilitaires ne justifient pas un tel engouement. Il n'est pas raisonnable de négliger l'allemand, langue de notre principal partenaire commercial, ni l'espagnol, langue internationale dont l'importance est croissante, ni non plus le portugais, l'italien, et pourquoi pas aussi le russe ou l'arabe. La place du français sera d'autant mieux reconnue dans les pays voisins, voire accrue, que nous aurons donné l'exemple de notre volonté d'apprendre au moins en seconde langue et, si possible, en premier lieu, celle d'un de nos partenaires européens. La défense du français passe par le plurilinguisme, assorti naturellement de réciprocité. Il conviendrait d'intégrer cette dernière dans le dessein global de notre politique culturelle et linguistique. B - L'éducation : reflet et vecteur de l'influence culturelle 1) Rayonnement d'un pays et attrait de son système éducatif Les récents processus de mondialisation ont créé un environnement nouveau qui pèse particulièrement sur le secteur éducatif. On assiste depuis une vingtaine d'années à une internationalisation croissante des cursus de formation et des établissements d'enseignement. Comme le souligne M. Charles Josselin, Ministre délégué à la coopération et à la francophonie, « cette mondialisation de l'éducation s'effectue essentiellement au profit des Etats-Unis ». Non seulement leur offre éducative séduit un nombre croissant d'étudiants étrangers, mais leur modèle éducatif connaît une diffusion sans précédent : d'abord dans le monde anglo-saxon - principalement au Royaume-Uni et en Australie - puis dans les pays d'Europe et d'Asie. De nombreux éléments, notamment chiffrés, corroborent cette analyse. Une récente étude de l'UNESCO montre que les Etats-Unis accueillent actuellement plus du tiers des 1,7 million de jeunes qui étudient hors de leur pays d'origine, soit plus de 500 000 étudiants. L'Europe est la deuxième destination de ces jeunes, encore convient-il de noter la place particulière du Royaume-Uni dans les échanges universitaires entre pays européens. Dans le cadre du programme Erasmus, les pays de l'Union européenne accueillent chacun un nombre d'étudiants très proche de celui des jeunes qu'ils envoient dans les établissements d'autres pays européens, ce qui n'est pas du tout le cas du Royaume-Uni. Il a accueilli pour l'année 1998/1999 21 271 étudiants dans ses Universités, alors que seulement 9 994 étudiants britanniques ont profité du programme Erasmus. Ce déséquilibre est significatif du choix délibéré des étudiants européens pour la découverte du système éducatif anglo-saxon. Le nombre d'étrangers poursuivant leurs études au Royaume-Uni a doublé en quelques années pour atteindre 200 000. En Australie, l'attrait pour les études supérieures anglo-saxonnes est tel que l'accueil des étudiants étrangers constitue la première source de devises du pays. Le marché éducatif mondial a connu ces dernières années une croissance de l'ordre de 10 % par an. Il est évalué aujourd'hui par l'Unesco à 2 000 milliards de dollars, soit un vingtième du PIB planétaire. Le secteur privé n'en capterait actuellement qu'un cinquième environ. Il faut noter que les différents systèmes éducatifs ont inégalement profité de cette croissance. La France a été tenue à l'écart de ce « boom éducatif » : le nombre d'étudiants étrangers y a diminué de 10 % entre 1990 et 1997, pour atteindre un minimum de 150 0002. Manifestement, les établissements français d'enseignement supérieur sont moins attractifs que leurs équivalents anglo-saxons. Jacques Verclytte, directeur de l'Agence pour l'enseignement français à l'étranger (AEFE), ainsi que plusieurs interlocuteurs de la Direction Générale de la Coopération Internationale et du Développement, au Ministère des Affaires étrangères (DGCID), ont évoqué le cas des élèves issus du réseau des lycées français de l'AEFE : nombreux sont ceux, surtout parmi les élèves étrangers, qui préfèrent poursuivre leurs études supérieures dans des universités anglo-saxonnes, plutôt qu'en France. Un suivi du devenir des anciens élèves du réseau AEFE, permettrait d'évaluer l'ampleur de ce phénomène qui n'est pas contesté par les autorités de tutelle. Ce lien entre l'influence d'un modèle culturel et l'attirance pour un système d'enseignement supérieur s'explique par un ensemble de facteurs. D'abord, il semble évident que la mondialisation s'apparente à une « américanisation » : le succès du modèle américain, de son économie, de ses marques, de ses produits culturels exerce une séduction certaine pour tout ce qui provient d'outre-Atlantique. Le rêve américain est vivace : il est un moteur d'exil pour les plus pauvres, comme le montre la persistance de l'immigration clandestine. Il est également attractif pour les populations plus favorisées qui pensent pouvoir faire fortune plus rapidement dans ce nouvel eldorado - dont la « fuite des cerveaux » est une des manifestations - ou qui estiment qu`un séjour aux Etats-Unis, afin de s'imprégner des « méthodes » américaines, serait la clé de leur succès. L'engouement pour les universités anglo-saxonnes est également dû à l'intérêt que tout étudiant accorde à la maîtrise de la langue anglaise, C'est pourquoi la mondialisation de l'éducation profite à tous les grands pays de langue anglaise : Etats-Unis, Canada, Royaume-Uni, Australie et Nouvelle-Zélande. La langue anglaise est de plus en plus souvent la seule langue étrangère étudiée par les étudiants non anglophones, et les établissements d'enseignement supérieur des pays anglo-saxons sont donc les seuls dans lesquels ils peuvent poursuivre une scolarité. Même lorsqu'ils ne maîtrisent pas totalement la langue anglaise, ils font le pari qu'un séjour universitaire dans un pays anglo-saxon leur permettra d'acquérir un bon niveau dans cette langue, souvent considérée comme un passeport indispensable pour le monde du travail. C'est ainsi que face à cette hégémonie, les pays dont l'enseignement se déroule dans d'autres langues, dont le français, risquent d'être écartés du développement global du « marché de l'éducation », c'est-à-dire in fine mis en marge de la scène internationale. Il est donc vital pour l'avenir de la francophonie de prendre en compte le rôle prépondérant de l'éducation. Le lien le plus fort entre l'attirance pour le modèle anglo-saxon et le succès de son système d'enseignement supérieur réside dans les valeurs mêmes qu'il véhicule. Les universités américaines dispensent dans la plupart des cas un enseignement fondé sur le pragmatisme et l'utilitarisme, autant de valeurs aujourd'hui privilégiées par la jeunesse et expliquant le succès des « business schools » américaines. Par ailleurs, comme l'a mis en exergue M. Raoult, président d'EduFrance, les universités anglo-saxonnes soignent particulièrement bien l'accueil des étudiants en général, ce qui n'est malheureusement pas toujours le cas des université françaises. Ceux-ci disposent d'installations éducatives, sportives et de campus bien équipés. Une véritable attention individuelle est apportée à chaque étudiant par le corps professoral et l'administration. En revanche, la scolarité est généralement très onéreuse, alors qu'elle est le plus souvent quasiment gratuite en France, même pour les étudiants étrangers : la différence d'attrait des deux systèmes, en dépit de l'avantage objectif de la gratuité des droits d'inscription et de la qualité du service public d'éducation français, s'explique aussi par une supériorité manifeste des anglo-saxons dans l'art de la communication et de la publicité. 2) Les dangers liés à une approche purement économique de l'éducation L'idée de lier la notion de compétitivité, généralement associée à des problématiques économiques, à l'activité éducative est relativement récente en France. Mais avec le phénomène de mondialisation de l'économie, on assiste à l'émergence d'un véritable « marché » international de la formation, sur lequel on observe des flux de consommateurs (les étudiants) cherchant une offre éducative susceptible de satisfaire leur demande. Ainsi, on peut poursuivre l'analogie avec les « marchés économiques » et constater qu'il existe des pays importateurs et des pays exportateurs d'étudiants. Certaines nations sont depuis déjà longtemps conscientes de l'importance économique et commerciale liée à la formation dans leurs établissements d'enseignement supérieur des étudiants étrangers. Ils profitent des besoins de formation se manifestant dans certains pays en voie de développement, pour proposer des réponses adaptées et exporter leur savoir faire éducatif. Aujourd'hui, tous les éléments d'une analyse économique classique sont donc réunis, avec un marché, une concurrence entre acteurs et un impératif de compétitivité. Quelques chiffres permettent d'illustrer ces tendances : au niveau mondial, il y a quatre millions d'enseignants, 80 millions d'élèves, dont 1,7 million étudient hors de leur pays d'origine, 320 000 établissements scolaires, 2 000 milliards de dollars de dépenses annuelles par les acteurs publics et privés, une croissance annuelle de 11%. Nombreux sont ceux aujourd'hui qui dénoncent les dérives inhérentes à la « marchandisation galopante » de l'éducation. Dans une récente communication, M. Ricardo Petrella, Conseiller à la Commission européenne et Professeur à l'Université catholique de Louvain, s'inquiète : « L'éducation pour la "ressource humaine" a pris le pas sur l'éducation pour et par la personne humaine ». Il estime en effet que sous l'influence des systèmes de valeurs définis et promus par les écoles de management à l'américaine, axés sur des impératifs de productivité et de performance compétitive, le travail humain a été réduit à une ressource. A partir du moment où l'éducation doit servir surtout à former des "ressources humaines" qualifiées et flexibles dont les entreprises ont besoin, la logique marchande et financière du capital privé ne peut que s'imposer dans la définition des finalités et des priorités de l'éducation. Ce phénomène touche en premier lieu les Etats-Unis : sous l'impulsion des conceptions reaganiennes et de l'explosion du secteur informatique et multimédia, l'éducation est clairement envisagée comme un marché. Ce n'est pas un hasard si depuis 1999 un « Marché mondial de l'éducation » se tient chaque année à Vancouver au Canada, pays dont le système éducatif est très influencé par celui de son voisin américain. Il semble bien que la « marchandisation » de l'éducation soit reconnue par un nombre croissant d'acteurs : Etats, étudiants et familles, entreprises. Les discours libéraux sur l'éducation sont de plus en plus courants, aussi bien au sein des entreprises que d'institutions telles que la Banque mondiale, l'Organisation de Coopération et de Développement Economique (OCDE), l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC) et même la Commission européenne. L'OMC en particulier souhaiterait instaurer un véritable libre-échange3 dans le domaine de l'éducation4. Cette dernière figurait en effet dans la liste des services à l'ordre du jour des négociations de Seattle en décembre 1999, conformément à l'accord signé à ce sujet en décembre 1994 à Marrakech (l'AGS, Accord Général sur le Commerce et les Services). M. Thierry Simon, délégué aux relations internationales et à la coopération au Ministère de l'Education nationale analyse les conséquences fâcheuses d'une libéralisation des services éducatifs au niveau mondial. Il donne l'exemple du Massachusetts institute of technology (MIT) qui vient de mettre en ligne gratuitement tous ses cours, le diplôme pouvant ensuite être obtenu moyennant le paiement d'un droit de passage des épreuves : il est tout à fait possible qu'en vertu des règles régissant l'OMC, l'Etat français soit à terme contraint de rembourser un étudiant français qui opérerait une telle démarche. Le service public de l'éducation consisterait alors seulement à fournir à chaque citoyen un droit monétaire à une formation, proche du système des « vouchers » que les républicains américains voudraient imposer dans l'école secondaire5 et qui fait déjà l'objet de projets pilotes. L'échec des négociations de Seattle a permis d'éviter, momentanément du moins, l'application de telles règles. Cependant, leur poursuite requiert la plus grande vigilance de la part des participants français. Il convient cependant de se garder des simplifications hâtives en ce qui concerne la « marchandisation » de l'éducation. Il faut d'abord remarquer que celle-ci n'est pas un phénomène entièrement nouveau : les éditeurs de manuels scolaires ou de matériel parascolaire se sont depuis longtemps positionnés sur le marché, de même que certains secteurs de la formation, notamment la formation continue, sont en grande partie assurés en collaboration avec le secteur privé. Le service public de l'Education nationale entretient avec les entreprises des relations anciennes, tant pour les coopérations de nature pédagogique que pour les besoins de la formation professionnelle6. Aujourd'hui, on assiste à des mutations pour le moins inquiétantes ayant notamment pour conséquence la mise en concurrence des établissements. Les palmarès, le discours managérial ainsi que certaines politiques d'établissement qui privilégient les actions visibles et immédiatement lisibles de l'extérieur (les effets de vitrines) se font souvent au détriment de l'égalité de l'accès à l'information et du travail pédagogique en profondeur. D'autre part, les mutations en cours dans l'éducation nationale correspondent à l'évolution des aspirations sociales, aux changements économiques. L'école en France est fort heureusement très loin d'être envahie par les marchands. Mais il ne faut pas oublier que l'éducation constitue un marché attractif pour les entreprises investissant dans le multimédia et l'enseignement numérique. Celles-ci participent au déplacement - voire à l'effacement - de la frontière entre la sphère éducative et la sphère privée. Or, l'éducation n'est pas un produit banal qu'on vend, négocie et achète simplement sur un marché : c'est aussi un des fondements de la citoyenneté, de la vie démocratique et du lien social. Ne plus penser l'éducation qu'en terme de marché serait, comme le souligne D. Rallet pour l'Institut de Recherche de la Fédération Syndicale Unitaire (FSU), « une démission politique sans précédent ». Loin de provoquer un retrait de la puissance publique, la mondialisation de l'éducation, qui se caractérise à la fois par la « marchandisation » des services éducatifs, la mise en compétition des systèmes pédagogiques au niveau mondial et la plus grande mobilité des étudiants, suppose pourtant en France un renouvellement de l'engagement de l'Etat. C'est l'évolution choisie par la France depuis 1998. La création de l'Agence EduFrance en 1998 à l'initiative des ministres Claude Allègre et Hubert Védrine a pourtant été fortement critiquée : elle avait été en effet perçue comme une tentative de « vente » du système éducatif français. On peut néanmoins estimer qu'elle constitue une réponse mesurée et raisonnée à l'actuel défi mondial de l'éducation. Il convient de la développer en redéfinissant ses missions. 3) L'éducation, vecteur d'influence a) l'éducation, véhicule des valeurs de la francophonie Si la France souhaite à l'avenir éviter une possible marginalisation de l'ensemble des valeurs fondatrices de la République, elle doit relever le défi que représente la mondialisation de l'éducation. Le succès du système d'enseignement supérieur anglo-saxon ne fait en effet qu'accentuer l'influence du modèle américain, or la francophonie est porteuse de valeurs fondamentales dont l'éducation est un véhicule privilégié. C'est un atout incontestable qu'il convient d'exploiter au plus vite. Ces valeurs peuvent être regroupées autour de deux réalités apparemment opposées mais en fait complémentaires : l'universalité et la diversité. En effet, le moteur de la francophonie est le français, langue d'une culture qui a porté les idéaux de l'universalisme. Cette culture a été au cours des siècles diffusée dans le monde entier et elle est aujourd'hui à bien des égards symbole de diversité et de pluralité. Comme l'affirme avec force Stélio Farandgis, secrétaire général du HCF, « la francophonie ne se présente nullement comme un concurrent au modèle américain ». Il considère que sa nature est différente et qu'en présence du risque d'uniformisation actuel, elle peut constituer une alternative fondée sur le « dialogue des cultures ». Ce thème a d'ailleurs été retenu pour le prochain sommet des chefs d'Etat de la francophonie à Beyrouth en octobre 2001. La défense des valeurs de la francophonie face au « rouleau compresseur » américain est l'une des préoccupations de notre diplomatie, comme en témoignent les récents débats sur l'exception culturelle dans le cadre communautaire et lors des négociations commerciales mondiales. Il apparaît néanmoins indispensable de considérer les valeurs morales et culturelles portées par la francophonie de manière offensive et non plus défensive. La mise en valeur des outils éducatifs français doit donc constituer une priorité. Il est impérieux d'être présent sur le « marché mondial de l'éducation », même si l'on réfute a priori ce concept, dans la mesure où les valeurs francophones ne sont pas des valeurs innées, mais acquises et devant être défendues. b) la formation : un pari sur l'avenir Education et culture étant intimement liées, la politique éducative extérieure de la France devrait d'abord favoriser la diffusion et le soutien de sa culture et de sa langue. Mais il ne faut perdre pas de vue que l'éducation est aussi un vecteur d'influence économique et commercial : la patrie de Voltaire et Victor Hugo est aussi le quatrième exportateur mondial. La compétitivité de l'économie française dépend aussi de la capacité d'ouverture de son système éducatif, d'enseignement supérieur notamment, mais aussi d'enseignement secondaire, technique, professionnel et à distance... Accueillir des étudiants étrangers, même non francophones c'est permettre aux futurs cadres moyens et supérieurs de connaître et d'apprécier la France, mais c'est aussi permettre aux entreprises françaises à l'étranger de trouver les personnels dont elles ont besoin. La capacité de nos établissements d'enseignement supérieur à prendre en compte la dimension internationale est une donnée fondamentale : il est indispensable de disposer de décideurs, de cadres techniques ou commerciaux... formés à la française mais aptes à comprendre la mondialisation. C - L'éducation : un domaine dans lequel la Francophonie est encore trop peu présente La francophonie multilatérale est partie prenante dans le secteur de l'éducation, un domaine d'intervention naturel de ses institutions. En effet, comme le rappelle Stélio Farandgis, la francophonie, fondée sur le partage d'une langue, le français, possède avant tout une forte dimension linguistique et il est clair que le développement de l'utilisation d'une langue passe d'abord par une politique ambitieuse d'apprentissage. De plus, aire de solidarité entre pays du Nord et du Sud, la francophonie multilatérale conduit de nombreuses actions de coopération et d'aide au développement, plus particulièrement dans le domaine de l'éducation où les pays du Sud ont de gros besoins. L'opérateur principal de l'Organisation internationale de la francophonie (OIF), est l'Agence internationale de la francophonie (AIF)7. Celle-ci réalise de nombreuses actions dans le domaine de l'éducation. Langue, culture et éducation constituent 60 % du budget de l'agence8. Elle a ainsi mis en place des programmes en faveur du développement de l'éducation de base, en étroite collaboration avec la Conférence des ministres de l'Education des pays ayant le français en partage (Confémen), afin d'aider les Etats membres à réformer et renforcer leur système scolaire par la formation des décideurs, du personnel d'encadrement et d'enseignement ainsi que par le développement et l'aménagement des cursus (éducation de base formelle et « informelle », c'est-à-dire hors système scolaire). L'AIF cherche aussi à aider les pays membres pour la mise en _uvre de politiques de formation professionnelle. Elle a également mis en place une véritable politique du livre, la pénurie d'ouvrages, notamment scolaires, constituant une entrave au développement du secteur éducatif dans les pays du Sud. Certaines institutions de la francophonie multilatérale sont spécialisées dans l'éducation. Cela est évidemment le cas de l'Agence universitaire de la francophonie (AUF, ancienne AUPELF-UREF) qui est un opérateur direct de la francophonie. Elle est chargée de coordonner les échanges entre ses membres, soit 391 universités, instituts et centres de recherche. Elle intervient dans le domaine de la recherche scientifique, de la formation (notamment à distance en liaison avec TV5) et de l'information. Son siège est à Montréal, elle compte 11 bureaux régionaux. Elle est actuellement dirigée par Madame Michèle Gendreau-Massaloux. L'AUF agit concrètement par la gestion de bourses CIME (cursus intégré pour la mobilité étudiante) qui permettent à des étudiants francophones d'effectuer une partie de leur scolarité en dehors de leur pays pour une période de 4 à 10 mois et d'en obtenir la validation dans leur établissement d'origine. L'AUF a également contribué à la mise en place de filières universitaires francophones, implantées dans des Universités dont le français n'est pas la langue de travail. Treize filières de ce type ont déjà été implantées dans les pays d'Europe centrale et orientale. Autre opérateur officiel de la francophonie, ouverte en 1990, l'université Senghor (officiellement dénommée Université internationale de langue française au service du développement africain, ou UILFDA) est un établissement privé d'enseignement supérieur qui forme des étudiants dans des disciplines utiles au développement des pays du Sud. L'université reçoit de jeunes cadres déjà diplômés afin de les préparer à l'exercice de responsabilités dans plusieurs domaines d'activités (nutrition et santé, administration et gestion, environnement, gestion du patrimoine...). Enfin, l'INTIF (institut des nouvelles technologies de l'information et de la formation) est un opérateur de l'Agence internationale de la francophonie. Son siège est à Bordeaux. Son action s'oriente dans trois directions qui touchent directement (promotion des technologies éducatives) ou indirectement (favoriser l'accès aux infrastructures multimédia, rôle d'information et de documentation) le domaine de l'éducation. Enfin, même s'il ne s'agit pas strictement d'institutions de la francophonies, d'autres structures à vocation francophone agissent dans le domaine de l'éducation, notamment celles dont l'objectif est l'enseignement du français, telle que l'Alliance française. Cette dernière a été créée en 1883 avec pour objectif la diffusion de la langue française dans le monde. Présente dans 138 pays, l'Alliance se présente sur le terrain sous la forme d'associations de droit local, dont le conseil d'administration est généralement composé de notables locaux francophiles. L'Etat participe au financement des Alliances pour environ 10 % de leurs frais de fonctionnement d'après Jean Harzic, ancien directeur général de l'Alliance française. Par ailleurs, plus de 300 agents sont détachés dans les agences, même si Monsieur Harzic souligne que le lien avec la France a tendance à se distendre car le nombre de professeurs détachés est en diminution constante. Il a par exemple baissé de 40 % au Brésil en huit ans. Malgré l'action concrète des institutions multilatérales de la francophonie dans le domaine de l'éducation, il apparaît difficile de distinguer un espace éducatif francophone. En effet, l'action de la francophonie institutionnelle dans ce secteur, comme dans d'autres, semble irrémédiablement limitée par le manque de moyens. Même si 60 % du budget de l'AIF est consacré aux domaines de la langue, de la culture et de l'éducation, il ne s'élève qu'à 350 millions de francs par an, et celui de l'AUF dépasse à peine les 200 millions. Par comparaison, les crédits annuels de la direction de la coopération internationale et du développement (DGCID) du ministère français des Affaires étrangères sont de l'ordre de 9 milliards de francs. Les institutions multilatérales de la francophonie sont donc dans l'incapacité de mettre en place une stratégie d'ensemble pour le développement éducatif comparable à celle des Etats ou des institutions multilatérales chargées du développement (notamment l'UNESCO). Pour obtenir néanmoins une certaine lisibilité, elles devraient à l'avenir limiter leur action à un rôle d'impulsion et de coordination. Elles pourraient ainsi apporter une véritable valeur ajoutée dans deux domaines : la promotion de l'enseignement à distance et l'harmonisation des diplômes au sein de l'espace francophone. L'enseignement à distance par l'utilisation des nouvelles technologies est en effet un domaine où les francophones sont très en retard par rapport au monde anglo-saxon. Une action concertée s'impose. Les institutions de la francophonie devraient être en mesure de jouer ce rôle : il ne s'agit pas de mener des actions à la place des institutions dont c'est le rôle naturel, mais de coordonner celles-ci9. L'espace francophone se définit souvent comme une aire de solidarité et d'échanges. La mobilité des étudiants et des professeurs est un moyen de concrétiser cette ambition. Or, la barrière linguistique est bien souvent, avec le problème financier, le principal obstacle à ce type d'échanges. Dans l'espace francophone, par définition, celle-ci n'existe pas, ou très peu. Il serait donc souhaitable d'agir concrètement pour le rapprochement des étudiants francophones qui ont l'avantage de parler une même langue. Il sera montré par la suite combien la mise en _uvre du programme Erasmus a été bénéfique dans l'apparition progressive d'une identité commune chez les jeunes européens. Pourtant, l'obstacle linguistique est réel entre Européens, ce qui n'a pas empêché de mener une politique ambitieuse de rapprochement et d'harmonisation. Or, comme l'a souligné Pietro Sicouro, président de l'INTIF, une telle politique n'existe pas dans l'espace francophone. Il serait souhaitable que les pays membres de l'OIF fassent de la reconnaissance et de l'harmonisation des diplômes une des priorités de leur action, ainsi que l'a recommandé l'Assemblée régionale Europe de l'Assemblée parlementaire de la francophonie réunie à Budapest en mai 2001. Enfin, le manque de visibilité de la francophonie en matière d'éducation tient aussi à la mauvaise image donnée un temps par la principale institution francophone chargée de ce domaine, l'Agence universitaire de la francophonie, ancienne AUPELF-UREF. En effet, la gestion de celle-ci a fait l'objet de nombreuses critiques - dérapage budgétaire, centralisation excessive, champ d'intervention trop vaste -, expliquant largement le déficit d'image de l'Agence y compris parmi ses propres membres. Une structure comme l'AUF ne peut en effet réussir contre ou à la place des universités ; elle doit au contraire s'appuyer sur ces dernières. Il faut cependant noter que la réforme en cours de l'AUF, initiée par son nouveau recteur depuis septembre 1999, Michèle Gendreau-Massaloux, est exemplaire. En effet, l'AUF a été le premier opérateur de la francophonie à avoir fait l'objet d'une évaluation en profondeur, laquelle a débouché sur une réorganisation administrative et statutaire lors de l'Assemblée générale de Québec les 18 et 19 mai 2001. La francophonie a montré à cette occasion qu'elle était capable de réviser ses propres démarches. II - LE DÉVELOPPEMENT D'UNE OFFRE PLUS ATTRACTIVE ET COHÉRENTE A - Forces et faiblesses des systèmes étrangers dans la compétition éducative internationale Plusieurs démarches sont conduites actuellement pour la formation d'étudiants étrangers, comme l'a exposé Guilhène Maratier-Declety, directrice des relations internationales à la Direction générale de la formation pour le réseau d'établissements de la Chambre de Commerce et d'Industrie de Paris (CCIP). La première d'entre elles consiste à faire financer le système de formation supérieur national par les étudiants étrangers. L'Australie a choisi cette voie. Elle s'ouvre à des étudiants venant essentiellement du Sud-est asiatique où s'exprime une forte demande d'éducation liée à des offres locales insuffisantes. L'Australie défend donc les intérêts anglo-saxons dans cette région du monde et poursuit deux objectifs : financer son système d'enseignement supérieur et former des individus qui ont de fortes probabilités d'exercer des responsabilités dans les pays de cette zone. En effet, quel meilleur promoteur pour un pays que celui ou celle qui y a effectué ses études et passé une partie de sa jeunesse ? Une seconde stratégie vise à former les élites d'origine étrangère, comme le font les Etats-Unis, le Royaume-Uni et l'Allemagne. D'autres approches, comme celle de la France, sont tournées vers la pérennisation d'une tradition d'accueil. Enfin, les pays émergents cherchent essentiellement à importer un savoir-faire étranger La manière dont les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et l'Allemagne accueillent et forment les étudiants étrangers apparaît souvent riche d'enseignements pour la France. a) les Etats-Unis : une attractivité sans stratégie d'ensemble Le succès des universités américaines n'est pas une légende. Par rapport à d'autres pays, les « colleges » et universités américaines ont connu un grand succès dans l'accueil des étudiants étrangers. Ceux-ci constituent de 4 % (undergraduate, études de base en quatre ans) à 11 % (graduate) des effectifs selon le type de cursus. En conséquence, les Etats-Unis sont le pays qui attire le plus d'étudiants étrangers (490 933 en 1998-99) et l'évolution est à la hausse. En cinq ans, ce nombre a augmenté de 21 %, soit 70 000 étudiants en plus. De plus, les étudiants issus des pays émergents sont les plus nombreux : 42 % des étudiants étrangers viennent d'Asie. Pourtant, ce succès est d'abord celui des établissements et de la politique de promotion de chacun d'eux. Il n'existe en effet pas de stratégie globale d'accueil des étudiants étrangers aux Etats-Unis. Le coût des études est le même pour les étudiants américains et étrangers, certains établissements demandent même des frais d'inscription plus élevés pour les étudiants étrangers afin de compenser les frais supplémentaires qu'ils engendrent. Ainsi 80 % des étudiants étrangers aux Etats-Unis disposent de leur propre financement. Les sommes mises à dispositions par le gouvernement américain et divers acteurs non-étatiques (fondations, commissions...) pour financer des bourses destinées aux étudiants étrangers les plus brillants sont relativement faibles. Quant à la politique d'internationalisation des établissements américains d'enseignement supérieur, celle-ci est plutôt en déclin. Pendant toute la guerre froide, le gouvernement fédéral et certaines institutions ont financièrement incité à la mise en place de filières internationales, à l'apprentissage des langues vivantes... Les crédits destinés à ces programmes ont diminué, entraînant l'inquiétude de certains spécialistes. The American council on education par exemple déplore cette tendance et met en garde contre ses possibles effets sur la compétitivité internationale des Etats-Unis dans un monde globalisé. En effet, le succès de l'enseignement supérieur américain ne relève pas d'une stratégie d'internationalisation, il est d'ailleurs largement à sens unique, les étudiants américains étudiant très peu en dehors de leur pays. b) la Grande-Bretagne : le succès d'une politique volontariste Traditionnellement reconnu comme l'une des forces du système d'enseignement supérieur britannique, l'accueil des étudiants étrangers au Royaume-Uni est devenu au cours des dernières années l'une des priorités affichées du gouvernement. Le plus récent développement de cette politique concertée a été l'annonce par Tessa Blackstone (Ministre chargée de l'enseignement supérieur), en janvier 2000, d'un investissement de cinq millions de livres sterling pour soutenir la mise en place d'un programme à cet effet ("Education UK"), véritable stratégie commerciale des universités britanniques à destination des étudiants étrangers. Géré par le British Council, le nouveau programme prend pour cible prioritaire les étudiants non ressortissants de la Communauté Européenne et se donne pour objectif d'accueillir sur le sol britannique 50 000 étudiants supplémentaires d'ici 2005 par rapport aux 117 290 étudiants étrangers hors Communauté européenne et aux 101 995 étudiants de la CE. Le British Council est l'organisme dont s'est doté le Royaume-Uni pour toutes les questions relatives à la coopération éducative et aux échanges culturels internationaux. Placée sous la tutelle du Foreign & Commonwealth Office, l'action du Council s'articule sur la démarche affichée du gouvernement visant à promouvoir l'image du Royaume-Uni à travers le monde et, partant, à faciliter la création de relations commerciales et institutionnelles avec d'autres pays. Doté par ses statuts d'une grande souplesse d'intervention (tant administrative que budgétaire), le British Council s'appuie sur une infrastructure solide autour d'un centre national implanté à Londres, d'une Agence à Manchester et d'un réseau de 243 établissements répartis sur 110 pays dans le monde. On constate ainsi que l'action du British Council s'est infléchie au cours des dernières années, le traditionnel modèle de diffusion (linguistique et/ou culturelle) faisant place à une action plus volontariste privilégiant les modes de la promotion, de la médiation ou de la coopération. C'est peut-être dans le domaine éducatif que cette évolution est aujourd'hui la plus sensible : il s'agit moins désormais d'échanger des savoirs que de valoriser une ingénierie. L'enjeu devient en somme de promouvoir la valeur ajoutée de l'expertise britannique sur la scène internationale, ce qui se traduit notamment par la création de structures et outils ainsi que la constitution de réseaux ou de partenariats. La redéfinition des priorités et l'importance allouée au secteur éducatif ont été l'occasion pour le Council d'une restructuration interne, en cours de réalisation à l'heure actuelle, qui vise à harmoniser au sein d'une même structure ("Education and Training services") des entités jusqu'ici dispersées (ainsi l'Agence de Manchester ou encore le Central Bureau, longtemps opérateur autonome des échanges scolaires). S'il est hasardeux d'évaluer aujourd'hui l'efficacité du nouvel organigramme, tout laisse à penser que l'effort de rationalisation entrepris ne pourra que renforcer un organisme à la compétence reconnue. Sa montée en puissance, dans le cadre d'une répartition juxtaposant des approches sectorielles, géographiques ou encore stratégiques, de services plus transversaux chargés de renforcer les liens entre le Council, ses antennes internationales et l'ensemble de leurs institutions partenaires (ministères et/ou établissements d'enseignement) est en tout cas significative. Le premier de ces services est l'"Education Counselling Service" (ECS), qui soutient la politique extérieure du Council dans les domaines de l'éducation, de la formation, de la recherche et de la coopération scientifique et technique. Outre les implantations internationales du Council, ECS regroupe près de trois cents institutions éducatives britanniques, parmi lesquels des universités (enseignement supérieur et professionnel), des centres de recherche et des établissements privés. L'ECS aide les institutions membres dans la recherche de nouveaux marchés éducatifs ; il les assiste également dans le recrutement d'étudiants étrangers et aide ces derniers à trouver une place adéquate dans le réseau des établissements britanniques. Afin de répondre à la demande des pays étrangers en matière d'éducation, le British Council a cherché par ailleurs à optimiser sa connaissance de l'offre britannique. Il s'appuie pour cela sur un réseau de spécialistes, les Associate Advisers. Ces experts, spécialistes d'un champ d'étude donné, sont recrutés pour trois ans (contrat renouvelable), et doivent être capables d'identifier les ressources en matière d'éducation et d'enseignement, dans leur domaine particulier, sur l'ensemble du territoire britannique (à la demande d'une institution ou d'un étudiant étranger). Les Associate Advisers peuvent recommander l'offre de l'institution dont ils sont issus, mais seulement s'ils peuvent prouver qu'elle est la mieux adaptée à la demande. Dans ce cas, ils doivent également proposer une alternative ; le British Council prend la décision finale. Lors de visites, officielles ou d'études, les Advisers émettent également des suggestions quant aux personnes à rencontrer ou aux institutions à visiter. Trois cents Advisers sont actuellement sous contrat avec le Council, les trois quarts d'entre eux proviennent de plus de 50 établissements supérieurs. Le gouvernement britannique dépense un total de 58,2 millions de livres sterling, soit plus de 600 millions de francs, pour les différentes bourses, principalement destinées aux étudiants non ressortissants de l'Union européenne. En outre, les universités les plus riches offrent couramment des bourses d'étude ou de recherche aux étudiants étrangers afin d'attirer les plus brillants d'entre eux. Elles assurent ainsi leur rayonnement international (en particulier dans le domaine de la recherche). L'accueil et le suivi des étudiants étrangers constituent une priorité du gouvernement britannique. Ce dernier a fait le choix d'une politique d'ouverture à valeur incitative à l'égard des étudiants étrangers, pour qui sont facilités l'obtention des visas (séjour et/ou travail), leur prolongation (il est désormais plus facile de rester sur le territoire britannique après l'obtention du diplôme et de trouver un emploi), enfin les démarches d'un éventuel conjoint dans sa recherche d'un emploi sur le territoire britannique. L'étudiant étranger étant d'abord considéré par son université d'accueil comme un « client », les établissements d'enseignement supérieur ont résolument suivi les initiatives gouvernementales et développé leur propre stratégie de communication et de marketing. Chaque université publie chaque année un livret au design attrayant qui comporte un descriptif du campus, des cursus et des programmes, ainsi qu'une section réservée aux étudiants internationaux détaillant l'offre proposée (logement, avantages, bourses éventuelles, réseau d'anciens élèves). Ce livret, et bien d'autres services, sont également accessibles sur Internet ; toutes les universités possèdent un site web très soigné qui fonctionne comme un outil de promotion accessible au public international. Il est à noter que l'offre proposée ne se limite pas au seul aspect académique, mais comporte également des services tels que le logement, la vie associative, le suivi individuel, des liens privilégiés avec l'industrie locale (par exemple sous la forme de sponsoring dans certaines universités à dominante scientifique). A ce titre chaque université abrite un International Office dont le but est de renseigner les étudiants étrangers et d'assurer leur suivi tout au long de leur séjour au sein de l'université. c) l'Allemagne : un système efficace mais non commercial L'Office allemand d'échanges universitaires (Deutscher Akademischer Austauschdienst, DAAD), émanation des universités et fer de lance de la politique éducative allemande à l'étranger, a lancé une véritable offensive pour prendre part au marché international de la formation, notamment dans les pays émergents. Le gouvernement fédéral a substantiellement augmenté le budget du DAAD : il s'élève actuellement à plus d'1,5 milliard de francs, ce qui lui a permis de recruter plus de quarante personnes supplémentaires pour atteindre 500 employés. Disposant de 14 représentations à l'étranger, le DAAD utilise aussi le réseau des centres culturels allemands et des Goethe Institute. Le DAAD est financé à 55 % par le Ministère des Affaires étrangères, le reste provient du Ministère de l'Éducation (23,5 %), du Ministère de la Coopération économique, des Länder, de l'Union européenne, et même de partenaires privés. Bien que l'agence ne dédaigne pas l'utilisation de techniques qui se rapprochent de celles du marketing, l'Allemagne ne recherche pas de retombées financières à court terme de l'accueil des étudiants étrangers. Les études y sont dans la plupart des cas gratuites pour les étrangers. Un rôle important est également joué par les fondations en Allemagne : plus de huit mille d'entre elles permettent à de nombreux étudiants et chercheurs allemands de partir à l'étranger ou à des étrangers de venir en Allemagne : les plus prestigieuses sont la fondation von Humboldt, la Friedrich Ebert, la Robert Bosch. Elles s'adressent à l'élite de la recherche. Le Wissenschaftskolleg de Berlin, construit sur le modèle de celui de Princeton, est aussi à signaler. Depuis trois ans, les établissements d'enseignement supérieur allemands ont créé plus de 300 cursus partiellement ou totalement en anglais dans toutes les disciplines (même en germanistique !) menant à des diplômes allemands et/ou avec des appellations anglo-saxonnes « bachelor » et « master ». Il y a aujourd'hui en Allemagne 165 000 étudiants étrangers pour une population estudiantine totale de 1,8 million, contre seulement 141 000 en 1995. Si ce pourcentage d'étudiants est comparable avec la France, l'université allemande reste en revanche très fermée au recrutement d'enseignants étrangers : alors que plus de 125 enseignants-chercheurs d'origine germanophone enseignent l'allemand en France, un seul Français enseigne le français dans une université allemande sur un poste de professeur. Quelques professeurs anglo-saxons ont été recrutés dans les sciences exactes, mais leur nombre reste très en dessous des chiffres français. Constatant l'obstacle que constituait le préalable d'une compétence linguistique à la venue d'étrangers en Allemagne, les universités ont mis en place un dispositif original dans les 300 cursus évoqués : la première année, les cours se font en anglais avec un apprentissage intensif de l'allemand en parallèle, les années suivantes, ils ont lieu dans les deux langues et la dernière année se passe entièrement en allemand. Un important réseau de Goethe Institute dans le monde fait la promotion de la langue allemande. Mais la dimension commerciale prime en général sur l'aspect politique : les cours sont onéreux et réservés à une élite. L'exemple de l'Allemagne met en avant l'intérêt d'avoir une structure puissante et autonome comme le DAAD pour mener une politique qui est à la fois souhaitée par les universités et soutenue par le gouvernement, sans pour autant tomber dans le piège du « tout commercial ». L'approche allemande n'est donc pas sans similitude avec celle de la France, d'ailleurs des opérations communes DAAD-EduFrance ont été menées dans des pays tiers pour la prospection du « marché de la formation ». La France et l'Allemagne ont beaucoup d'arguments communs à opposer au monde anglo-saxon de formation. Même leurs différences sont très complémentaires. Il y aurait donc tout intérêt à renforcer la coopération entre les deux pays à ce niveau. Certaines universités allemandes et françaises se sont déjà associées pour accueillir ensemble des étudiants étrangers. Les premiers résultats montrent que ceux-ci sont particulièrement satisfaits de pouvoir découvrir à la fois les cultures française et allemande. B - Vers une meilleure lisibilité des efforts français pour la promotion de son système éducatif 1) Des difficultés persistantes malgré des atouts incontestables a) un constat inquétant Comme cela a été évoqué, l'internationalisation croissante de l'ensemble des systèmes éducatifs au niveau mondial n'a pas été accompagnée en France par une augmentation du nombre d'étudiants étrangers. Leur nombre est passé d'un maximum de près de 165 000 au début des années 1990 à un minimum de 150 000 en 199810. Des mesures susceptibles d'enrayer ce phénomène ont alors été prises par les deux principaux ministères concernés, l'Education nationale et les Affaires étrangères. Cette régression s'est déroulée dans un contexte d'augmentation du nombre d'étudiants français poursuivant des études supérieures : cela signifie que la part du nombre d'étrangers dans l'ensemble de la population étudiante a considérablement baissé : de 13,6 % en 1984, elle ne représentait plus que 8,6 % en 1998. De plus, une part importante de ces étudiants étrangers sont résidents en France, c'est-à-dire qu'ils ne sont pas expatriés. D'après une étude de la revue « Migrations études » du premier trimestre 1998, citée par M. Alain Claeys dans son rapport sur l'accueil des étudiants étrangers en France11, le pourcentage des étudiants expatriés dans la population étudiante totale est passé de 11,5 % en 1984 à 6,9 % dix ans plus tard. L'origine géographique des étudiants étrangers est significative de la faible attractivité de l'enseignement supérieur français. En effet, ceux-ci viennent encore majoritairement de pays très liés à la France pour lesquels elle reste une destination obligée. Parmi les 122 190 étudiants étrangers inscrits dans les universités françaises en 1998-1999, 34 536 sont issus d'un pays du Maghreb (soit 28%) et 24 171 d'un pays d'Afrique subsaharienne (soit près de 20%). Les étudiants asiatiques ne sont qu'environ 18 000 soit 14% du total, tandis que les 10 000 étudiants du continent américain représentent 8% du total. La répartition de ces étudiants par discipline est également révélatrice : un nombre significatif d'entre eux (36%) étudient les lettres et les sciences humaines et sociales. Viennent ensuite, à égalité, le droit, l'économie, les sciences politiques et les formations scientifiques et d'ingénieur, puis la médecine et la pharmacie. Si l'on met à part les lettres et les sciences humaines, dans leur majorité (environ 60%), les étudiants étrangers viennent suivre en France des formations à finalité professionnelle. Enfin, si l'on prend comme critère le cycle d'études, la répartition des étudiants est homogène entre les trois cycles, avec plus de 40 000 étudiants pour chacun d'entre eux, le 3e cycle étant particulièrement bien représenté. Les classes préparatoires n'attirent que quelques étudiants étrangers, principalement africains. Les raisons de cette situation contrastée sont nombreuses. Certaines tiennent à la structure même de l'enseignement supérieur français. La France a fait le choix d'un enseignement supérieur démocratique, le plus ouvert possible. Or, les étudiants étrangers refusent généralement cet « enseignement de masse » : ils comparent les systèmes d'enseignement supérieur et choisissent celui qu'ils estiment le plus valorisant. Ils sont dans une logique de choix, voire de marché. Les étudiants français en revanche revendiquent l'accès pour tous à l'enseignement supérieur comme un acquis inaliénable. Du fait de la généralisation de son accès, le système d'enseignement supérieur français est beaucoup moins attractif que les systèmes des pays anglo-saxons en terme d'équipements pédagogiques et extra-pédagogiques. Le suivi pédagogique de la part des professeurs français est moindre du fait du grand nombre d'étudiants qu'il ont en charge. Le système universitaire français, qui refuse la sélection à l'entrée, est fondé sur le principe d'égalité. Cela interdit naturellement de faire payer des droits de scolarité plus élevés aux étudiants étrangers. Cependant, comme l'ont fait remarquer plusieurs personnalités auditionnées, faute de moyens financiers, cela ne permet pas de traiter ces derniers de manière différente de leurs homologues français, c'est-à-dire de leur offrir un suivi particulier et personnalisé comparable à celui des universités anglo-saxonnes. Un autre inconvénient du système français réside dans sa relative complexité du fait de la coexistence des Universités et des grandes écoles. Ces dernières n'ont, par définition, pas connu cette ouverture au plus grand nombre et elles peuvent offrir à des étudiants étrangers des prestations de meilleure qualité. Mais la spécificité de leur statut pose un problème au regard de la concurrence internationale. Elle interdit de faire des comparaisons pertinentes entre les grandes écoles françaises et leurs concurrents étrangers, qui sont généralement des universités. Au-delà des difficultés liées à l'architecture générale du système français d'enseignement supérieur, ses carences dans l'accueil des étudiants étrangers s'expliquent par d'autres raisons. Ainsi, il faut noter les nombreuses plaintes concernant la faible ouverture du système français d'enseignement supérieur, notamment à l'Université où l'enseignement des langues est souvent insuffisant, et où il n'existe généralement aucun dispositif d'accueil spécifique des étudiants étrangers, sauf dans le cadre des programmes Erasmus. Il est vrai que les Universités ne sont pas incitées à s'ouvrir à l'international car elles ont en premier lieu à pallier les nombreux problèmes du quotidien. Celles-ci déjà surpeuplées considèrent souvent qu'elles n'ont rien à gagner à l'accueil de davantage d'étudiants étrangers, d'autant plus qu'il y a encore en France des réticences à l'autopromotion et à la mise en place de véritables actions de marketing. b) les atouts du système français Ce constat apparaît d'autant plus regrettable que la France possède tous les atouts lui permettant de redevenir une destination phare de l'accueil des étudiants étrangers et il n'est pour cela nul besoin de se convertir au modèle américain. Tout d'abord, la France possède, d'un point de vue académique et de l'aveu même d'enseignants et chercheurs étrangers, l'un des meilleurs systèmes éducatifs au monde. Le niveau du baccalauréat par exemple est bien supérieur à celui de la High school américaine, ce qui explique que les lycées français à l'étranger comptent toujours parmi les meilleurs établissements d'enseignement scolaire dans les pays où ils sont installés. Il peut être fait le même constat dans le supérieur : du fait de la spécificité du système français des grandes écoles, les étudiants de 3ème année d'école de commerce qui partent en échange suivent les cours de 2ème année de Master of Business Administration (MBA), soit un niveau académique théorique bien supérieur. Ils y côtoient des étudiants de trois à cinq ans leurs aînés, or ils se révèlent généralement être parmi les meilleurs. D'après la plupart des personnalités interrogées, pourtant souvent fort critiques sur le système français, nos formations sont meilleures que celles des universités américaines au niveau du « college » et du « master ». Il semblerait cependant que les faiblesses soient réelles en ce qui concerne l'accueil des chercheurs préparant un doctorat ou venus en France pour un séjour post-doctoral. De nombreux efforts sont donc consentis, notamment de la part de la DGCID, par le biais d'EduFrance et grâce à l'action de la Fondation nationale Alfred Kastler (FnAK)12 L'excellente réputation des formations françaises doit être attribuée à la qualité des établissements d'enseignement dont certains ont atteint une renommée et un prestige international. La cote du « label » Sorbonne vaut largement celle d'Harvard ou d'Oxford. Il est vrai que cela tient plus à des raisons historiques qu'à des constats objectifs, mais cela constitue cependant un atout dont il faudrait profiter davantage. Quant aux formations moins connues, mais de qualité, telles celles des IUT, des efforts même modestes devraient permettre d'obtenir des résultats immédiats en terme de notoriété et donc d'attractivité. La France est toujours une destination qui séduit et fait encore rêver. Les Universités américaines mettent en avant leurs campus et leurs installations sportives, les établissements français peuvent quant à eux tirer profit des atouts de la France, à Paris comme dans les principales villes de province. Le patrimoine historique, « l'art de vivre à la française », l'intensité de la vie culturelle sont autant d'arguments qui font de la France le premier pays touristique du monde. Ce sont de puissants facteurs d'attraction, ils doivent pouvoir jouer aussi vis-à-vis des étudiants du monde entier, et notamment ceux issus des pays anglo-saxons. Par ailleurs, l'hégémonie américaine fait peur et a fait naître une prise de conscience et un désir de diversité culturelle dont la France - pays précurseur de « l'exception culturelle » - et l'espace francophone - promoteur du concept de diversité culturelle - peuvent bénéficier. C'est le cas notamment en Amérique latine où des élites souvent encore formées à l'européenne commencent à s'inquiéter de l'existence d'un modèle unique en terme d'éducation. Enfin, la France peut s'enorgueillir de disposer du premier réseau de diplomatie culturelle du monde. Ces structures, auxquelles s'ajoutent de nombreux autres relais d'influence, tels les lycées français , les alliances françaises, la fédération internationale des professeurs de français (FIPF)..., constituent des relais potentiels excellents de notre système d'enseignement supérieur. Malheureusement, ce réseau est encore trop peu lisible et manque de coordination. 2) Une politique volontariste de l'Etat a) la politique mise en place en 1998 Le constat inquiétant de la baisse de l'influence de la France dans le monde de l'enseignement supérieur a conduit le gouvernement à mettre en place une nouvelle politique. MM. Hubert Védrine, ministre des Affaires étrangères et Claude Allègre, alors ministre de l'Education nationale, ont mis en place à partir de 1998 un nouveau dispositif visant à faciliter l'accueil des étudiants étrangers. Il convient de noter à cet égard, et c'est suffisamment nouveau pour mériter d'être signalé, que cette démarche interministérielle s'est, de l'avis des personnalités auditionnées dans chacun des ministères, déroulée dans de bonnes conditions. Tant au ministère des Affaires étrangères qu'à l'Education nationale, il existe une réelle volonté de travailler en cohérence. Cette nouvelle politique a été conduite autour de quatre grandes orientations. La première visait à améliorer la délivrance des visas étudiants. La loi sur les conditions d'entrée et de séjour des étudiants en France du 11 mai 1998, relative au séjour des étrangers et au droit d'asile, a simplifié les modalités de délivrance des visas aux étudiants, enseignants et chercheurs étrangers. Elle a introduit une obligation de motivation du refus de visa pour les étudiants. Cela instaure une forme de droit à étudier en France. Des partenariats ont par ailleurs été conclus entre les préfectures et les universités en vue d'accélérer le traitement des demandes de titre de séjour étudiant. Le deuxième volet de cette nouvelle politique a visé à améliorer la promotion des études françaises qui était insuffisamment assurée par les établissements eux-mêmes. C'est dans cette perspective qu'a été créée l'agence EduFrance13 en novembre 1998. Il était en effet nécessaire de disposer d'un outil pour répondre à la concurrence souvent agressive des établissements anglo-saxons notamment. Ses missions essentielles consistent à faire connaître à travers le monde l'offre de formation des principaux établissement français d'enseignement supérieur, d'organiser la venue et le séjour individuel en France des étudiants et chercheurs et de présenter l'offre française d'ingénierie éducative. A ce titre, elle participe à environ 70 salons éducatifs par an partout dans le monde (contre seulement 1 ou 2 salons avec une présence française avant la création d'EduFrance). A l'horizon 2002, elle s'est donnée pour objectif d'accueillir 8 000 étudiants. EduFrance s'adresse plus particulièrement aux étudiants non boursiers. Aujourd'hui, la France dispose d'un outil qui lui permet d'avoir une visibilité internationale dans le monde de l'enseignement supérieur. La réforme des programmes de bourses est également un élément important de la réforme de 1998, même s'il s'agit d'une évolution modeste. La création des bourses Eiffel, destinées aux meilleurs étudiants ne concerne que 300 personnes par an environ. Enfin dans le cadre de la mise en place d'un espace européen de l'enseignement supérieur, des actions visent à améliorer la lisibilité internationale des formations françaises. La complexité du système français est en effet un handicap sérieux, il faut donc les harmoniser au niveau européen, et créer des équivalences entre les diplômes. L'application de ce volet de la nouvelle politique éducative extérieure a d'abord exigé une phase de réflexion, animée notamment par la Commission Attali, qui a débouché sur un rapport publié en mai 1998 : Vers un modèle européen d'enseignement supérieur. L'une des principales propositions était l'organisation des études à l'Université autour de trois cursus, en trois, cinq et huit ans. Cette phase prospective a aussi été d'origine ministérielle avec la d&eacut |